Vers une organisation robuste : que retenir du livre blanc « Voyage vers la robustesse » ?

Le , par Sébastien Rufer - Écoconception

Temps de lecture estimé : 6 minutes.

Nul besoin de rappeler que la plupart de nos besoins – personnels et professionnels – ont trouvé réponse dans des solutions numériques. À tel point que la plupart d’entre elles sont devenues exclusives et essentielles pour le fonctionnement de nos organisations – voire de notre société toute entière.

Sans le numérique, des pans entiers de nos usages quotidiens s’effondrent comme un château de cartes. Or le numérique est fragile, très fragile ! Cette vulnérabilité nous rend ainsi très sensibles aux aléas climatiques, géopolitiques ou technologiques. Ces dernières années, ce ne sont pas les exemples qui manquent : piratage des hôpitaux, coupure électrique en Espagne, bogues informatiques paralysant les aéroports, etc.

Ce n’est donc pas un hasard si les acteurs du Numérique Responsable s’intéressent à la notion de robustesse depuis plusieurs années. En revanche, il est difficile de s’approprier ces principes et de les rendre exploitables dans une organisation. Le plus simple est généralement de se focaliser sur l’aspect technique de la robustesse : sauvegarde, redondance, etc. Mais bon, cela reste du numérique !

Alors comment donner corps et pertinence à l’intégration de la robustesse dans les organisations ?

C’est avec ce questionnement que je me suis plongé dans la lecture du livre blanc de nos confères et partenaires Infogreen Factory : « Voyage vers la robustesse ». J’avoue que je craignais un énième livre blanc dont l’objectif premier est de récolter du contact… Ce n’est pas le cas ! D’ailleurs, l’accès à cette ressource ne nécessite aucune transmission d’informations personnelles.

Je vous partage ici mes notes de lecture et mes réflexions sur cette ressource qui constitue, selon moi, un apport majeur pour le Numérique Responsable.

Pourquoi la résilience numérique ne suffit pas ?

Ma principale surprise concerne la distinction entre résilience et robustesse. C’est un rappel indispensable pour positionner le sujet, sans ambiguité.

  • La résilience est réactive. C’est la capacité technique d’un système à encaisser un choc et à revenir à la normale.
  • La robustesse est organisationnelle et préventive. C’est la capacité à ne pas tomber.

Jusqu’à maintenant, lorsque je parlais de robustesse, je parlais finalement de résilience numérique : comment faire en sorte que le système numérique puisse faire face aux aléas.

Tandis que la robustesse permet de garantir la continuité, en mode dégradé ou pas et potentiellement sans numérique.

Fixer les priorités avec la cartographie des dépendances au numérique

La matrice de criticité présentée dans ce livre blanc permet de cartographier les composants métier en fonction :

  • de leur niveau de dépendance au numérique
  • et de leur nécessité pour la pérennité de l’organisation.

Cette matrice dessine ainsi 3 zones :

  1. Risque et priorité élevés : les fonctions vitales qu’il faut absolument préserver ;
  2. Risque et priorité modérés : les fonctions utiles mais supportant une attente ou des formes dégradées ;
  3. Risque et priorité faibles : le « superflu » technologique auquel il est possible de renoncer.

Je trouve cette cartographie très parlante. J’imagine aisément une présentation de cette matrice à la gouvernance d’une organisation – ou même les faire participer à sa création – pour qu’elle visualise le degré de vulnérabilité numérique de leur organisation.

Guider l’intégration de la robustesse avec la spirale progressive

Le principe est de cheminer sur 4 tours de spirales :

  1. Sécuriser : protéger ce qui est essentiel et vital, en luttant contre la contagion des pannes et en limitant, ou en évitant, la dépendance technologique.
  2. Optimiser : intégrer les principes de durabilité et d’anti-fragilité. On utilise le Chaos Engineering – provoquer des pannes volontaires – pour apprendre du désordre et améliorer le système en continu.
  3. Expérimenter : confronter les services aux limites planétaires via la théorie du donut. C’est ici que l’on arbitre entre le besoin social et l’impact environnemental.
  4. Approfondir : la robustesse devient une « boussole intérieure ». Elle est intégrée à chaque décision stratégique de l’organisation.

Chacun de ces tours s’appuie sur une démarche méthodologique en 6 points très détaillés.

Je trouve cette approche progressive rassurante : elle permet de passer à l’action et de gagner en maturité sans être submergé. La démarche incrémentale favorise un déploiement cohérent, en traitant chaque priorité, du plus urgent au plus durable.

Suivre la démarche avec des indicateurs de suivi

Infogreen Factory a nommé ces indicateurs « Oseja », du nom d’une commune espagnole qui a été épargnée par la coupure électrique de 2025 grâce à l’anticipation de ces aléas.

Pour suivre la progression de la démarche tout au long de la spirale progressive, 13 métriques ont été définies.

J’en retiens 3 que je trouve particulièrement intéressantes et innovantes :

  • Taux de services utiles : il représente la proportion de composants numériques réellement utilisés avec la règle des 3U (Utile, Utilisable, Utilisé). Un taux élevé révèle un « gras numérique » important.
  • Dividende de simplicité : il s’agit des économies réalisées en supprimant des services inutiles. Ces dividendes sont réinvestis dans l’innovation.
  • Taux d’autonomie matérielle : il identifie les besoins matériels qui peuvent être assumés en interne. Il met ainsi en évidence le niveau de dépendance matériel des solutions numériques.

Conclusion

Au fil de ma lecture mon sentiment de départ se confirme : le focus sur la « robustesse technique » (serveurs, sauvegardes, redondance, etc.) est clairement insuffisant. On se rassure avec des architectures redondées pour éviter de poser LA question qui pique :

« Si demain le numérique n’est plus disponible en open bar, comment mon organisation survit-elle ? »

La robustesse ne se mesure pas au nombre de serveurs de secours, mais à la capacité de l’organisation à maintenir ses fonctions vitales sans eux. Si une entreprise est incapable de facturer, de produire ou de communiquer sans une connexion internet stable, elle est vulnérable.

Être robuste, c’est être capable de regarder la panne générale dans les yeux et de pouvoir dire :  Je suis prêt  !

En tant qu’experts en écoconception et en numérique responsable, nous maîtrisons ces enjeux clés. La robustesse, la souveraineté des données et la cybersécurité sont au cœur de l’expertise des entités du groupe Ctrla. Nous partageons quotidiennement ces réflexions avec nos clients et nos apprenants. Ces sujets vous interrogent également ? Discutons-en.