Valider une démarche d'écoconception avec le RGESN ?

Le , par Julien Wilhelm - Écoconception.

ARTICLE 2 sur 2 : L’APPLICATION

Dans l’article “Sortie du RGESN, le Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques” paru en parallèle sur le blog Temesis, Christophe Clouzeau raconte d’où nous vient cette méthode d’évaluation de la démarche d’écoconception numérique exploitée au sein de notre pôle dédié à l’écoconception chez Temesis, et comment celle-ci a été construite.

Et maintenant ?

  1. Faut-il dès à présent s’appuyer sur Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques pour concevoir ou refondre son service numérique ?
  2. Comment réalise-t-on l’audit de conformité RGESN d’un service numérique ?
  3. Est-il possible de conduire et de valider une démarche d’écoconception sans accompagnement grâce au RGESN ?

Bonne nouvelle : vous n’êtes plus les premiers à vous poser ces questions. Et j’en partage aujourd’hui les réponses.

1. Faut-il dès à présent s’appuyer sur le Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques pour concevoir ou refondre son service numérique ?

En un mot : oui.

L’Ademe l’a bien compris en choisissant d’appliquer et de faire appliquer le RGESN à son prestataire de développement dans le cadre de la refonte de son site principal : il n’y a rien dans ce référentiel d’État qui aille à contresens d’une vision réaliste de l’écoconception numérique. Interrogeant en profondeur la démarche et la mise en application de certaines pratiques élémentaires de performance web, le RGESN réveille notre bon sens et livre des pistes concrètes de réflexion tout en se gardant bien d’imposer sa vision quant aux moyens à employer. La frugalité est une voie, non une fin. Un service numérique se doit avant tout être utile.

Depuis la sortie publique de la version bêta, dont la maturité n’a rien à envier à la version 1 à venir, Christophe et moi-même avons pu réaliser 6 audits RGESN, dont celui de L’Ademe, qui détient chez nous le plus haut score de conformité. D’autres sont en cours de signature.

Nos bêta-testeurs du RGESN sont avant tout des organismes d’État volontaires, saisis des problématiques de changement climatique. Ce qui plutôt gratifiant pour un évaluateur aux convictions marquées. Et à l’heure où la loi REEN fait mention de la création d’un référentiel d’écoconception (au même titre que le RGAA, pour l’accessibilité) devant entrer en vigueur au 01 janvier 2024, et tandis qu’un décret paru cet été accélère encore les obligations de statégie Numérique Responsable, il apparait évident qu’ils seront de plus en plus nombreux à s’approprier le RGESN, légitime et bienvenu.

Quid du privé ?

Il faut s’y mettre aussi. Et plutôt deux fois qu’une. Aujourd’hui, les services numériques les plus sollicités dépendent d’entreprises privées (réseaux sociaux, vidéo à la demande, etc.). Il est urgent de repenser leurs usages, les méthodes employées.

Le RGESN est un bon moyen de remettre de l’ordre dans tout cela.

2. Comment réalise-t-on l’audit de conformité RGESN d’un service numérique ?

Les 79 critères du Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques sont répartis à travers 8 familles dont voici le détail :

  1. Stratégie
  2. Spécifications
  3. Architecture
  4. UX/UI
  5. Contenus
  6. Frontend
  7. Backend
  8. Hébergement

Et tous ne s’évaluent pas de la même manière.

Déclaratif

La conformité de la plupart des critères relevant :

  • de la stratégie,
  • des spécifications,
  • de l’hébergement,

s’évalue sur la base d’éléments à produire par le client audité. La réponse à ces questionnements ne peut passer par de la mesure directe ; notre rôle, en tant qu’auditeur, est donc de juger de la pertinence des documents soumis à notre intention.

Selon les thématiques abordées, ces documents peuvent être :

  • Des analyses de besoins, des sondages, des entretiens…
  • Des études d’impacts, des comptes-rendus de revues de code…
  • Une politique de gestion des équipements, une charte environnementale…

Chez Temesis, nous avons créé des courriers types que le client audité est invité à transmettre à qui de droit. Afin d’alléger autant que possible cette charge :

  • Nous effectuons nos propres recherches préalables, pour ne pas redemander des informations disponibles en ligne par exemple.
  • Côté hébergement, nous exploitons en plus les données dont nous disposons déjà, données consolidées audit après audit dans un tableau dédié.

Bien sûr, nous restons disponibles pour faciliter la récolte des différents éléments de réponse. Certains clients audités ont davantage besoin d’aide pour comprendre ou obtenir ce qui est attendu. La qualité de l’audit en dépend nécessairement.

Analyse back-end

Le back-end d’un service numérique est une véritable boîte noire. À moins d’y avoir été autorisé, ce n’est pas quelque chose que tout un chacun peut observer à sa convenance.

Certains critères RGESN ne peuvent tout simplement pas être vérifiés sans accès direct au back-end.

Deux possibilités :

  1. Demander effectivement au client audité à pouvoir pénétrer le back-end de son service numérique.
  2. Interroger le client audité, étudier sa déclaration, et s’y tenir en engageant sa propre responsabilité quant à l’exactitude des informations communiquées.

Avec des enjeux de stratégie, de sécurité et de confidentialité toujours plus forts, l’ouverture de son service numérique à un tiers, même de confiance, est souvent délicate. Puisque seuls quelques critères doivent véritablement être vérifiés depuis le back-end, nous avons jusqu’à présent préféré jouer la confiance avec nos clients audits, réceptifs et transparents en retour.

Analyse front-end et réseau

En ce qui me concerne, c’est la partie où je m’éclate le plus. Le fait que cela fasse appel à mes compétences techniques de niche n’y est sans doute pas étranger.

De nombreux critères RGESN sont liés à l’aspect front-end du service numérique ou à son trafic réseau. Qu’il s’agisse d’éléments directement perçus par l’utilisateur (front-office) ou invisibles à ses yeux (back-office, comme un traitement en arrière-plan, par exemple), l’évaluation de la conformité de ces critères peut passer par différents outils.

J’ai toujours affectionné l’autonomie.
J’aime faire par moi-même, comprendre, challenger.

Rien d’étonnant donc à ce que mes outils de références soient :

  • Les outils de développement : intégrés à nos navigateurs web, ils permettent de faire beaucoup de choses, vraiment beaucoup (d’ailleurs, je vous forme à leur utilisation).
  • La ligne de commande (Avec Bash, pour ma part) : les développeurs connaissent forcément de près ou de loin ; pour les autres, il s’agit d’un interpréteur de commandes dépourvu d’interface graphique. On peut y installer pléthores d’utilitaires et accomplir bien plus qu’avec nos programmes et leurs interfaces utilisateurs.

Une mise en garde : aussi performants soient-ils, les outils se révèlent vite limités sans expertise humaine. C’est quelque chose qui se vérifie d’autant plus en écoconception, car on ne peut pas juger de la sobriété d’un service sans en évaluer l’intérêt.

Plutôt rassurant pour notre entreprise : nous avons du travail pour un moment.

3. Est-il possible de conduire et de valider une démarche d’écoconception sans accompagnement grâce au RGESN ?

Vous souhaitez appliquer ou faire appliquer le RGESN dans la conception globale de votre service numérique ?

Faites-vous accompagner !

Y aller seul est tentant, je sais. Comme bien souvent, pour mener une tâche à bien, votre capacité à le faire par vous-même dépend du vivier de compétences dont vous disposez. Cocherez-vous toutes les cases ?

Déjà, certaines thématiques RGESN sont moins abordables que d’autres. Par exemple, ce qui relève de la mise en oeuvre technique peut très vite vous confronter à vos propres limites, ou à celles de votre prestataire habituel. Si le fossé est raisonnable, c’est l’occasion de monter en compétence ; dans le cas contraire, se faire aider par un acteur spécialisé semble tout indiqué.

Surtout, pour obtenir des résultats, il faut être capable de porter la démarche d’écoconception au sein de son équipe contre vents et marées. Celle-ci est souvent perçue — à tort — comme contraignante. Les obstacles sont d’autant plus nombreux lorsque la légitimité du regard peut être discutée. À l’inverse, il est rare de contredire quelqu’un aussi recruté pour son objectivité.

Enfin, il paraît impensable de vouloir absorber en interne les questions de définition ou de mesure d’indicateurs d’impacts environnementaux. Il s’agit de vrais sujets d’expertise !

Et pour évaluer sa démarche d’écoconception ?

Même discours ! Gardez à l’esprit qu’il est délicat d’être à la fois juge et partie. Se faire valider par autrui est sûrement la seule piste concevable pour espérer communiquer sur son application du RGESN sans craindre un retour de flammes.

On s’y met ?