Le , par Christophe Clouzeau - Écoconception
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Le numérique est-il prisonnier d’une économie qui fragilise nos systèmes ?
Retour sur l’évènement GreenIT Day 2026 organisé par Digital113 au Corum de Montpellier et intitulé « Robustesse, Résilience : le numérique tient-il le choc ? ». Avec quatre points à retenir.
« Les gens achètent des choses dont ils n’ont pas besoin, avec de l’argent qu’ils n’ont pas, pour impressionner d’autres personnes qui s’en contrefichent. »
Cette phrase matinale de Fabrice BONNIFET a donné le ton de la journée. Elle résume l’absurdité de notre modèle actuel dominé par des mâles-alpha : une économie linéaire, extractiviste, où la course et la compétitivité à bas prix nous poussent à produire des biens et des services qui ne durent pas. Le numérique n’y échappe pas.
Au côté de Céline COLUCCI (Les Interconnectés), Benjamin JEAN (inno³), Christophe PHAM (Infogreen Factory) et Bichoi METIAS (Cykero), pour une table ronde « Résilience et robustesse des organisations et des territoires », j’ai eu l’honneur de témoigner sur l’expérience de l’écoconception numérique : la démarche, les retours d’expérience, les outils et les référentiels dont le RGESN. Nos échanges complémentaires ont ainsi détaillé les liens d’engrenage entre robustesse, résilience, souveraineté, durabilité, sobriété et soutenabilité de nos systèmes informatiques pour affronter les instabilités. Dans un monde fini, il est indispensable que le numérique ne court pas à faire plus. Mais à faire mieux en préparant des réponses aux vulnérabilités que l’on tente d’identifier.
Face aux crises à venir, nous devons sortir du marketing de possession, servant économiquement et politiquement quelques privilégiés, pour entrer dans une économie circulaire en privilégiant l’usage et le régénératif.
Le monde que l’on connaît n’est plus le monde de demain.
Voici les 4 points-clés à retenir pour concevoir des systèmes numériques (et réels) vraiment durables, robustes, humains :
1️⃣ La fin du piège au “prix le plus bas et compétitif”.
La robustesse exige dorénavant d’intégrer le coût environnemental réel (extraction, pollution) dans notre comptabilité.
2️⃣ La diversité comme pilier de robustesse.
L’inclusion (variété des profils, des genres, des classes sociales) n’est pas qu’une question de mixité hommes/femmes, c’est une nécessité de durabilité. Les systèmes développés par un entre-soi masculiniste sont moins universels, moins résilients et créent des angles morts d’inégalités. Sur ce sujet précis, merci aux participantes de la table-ronde de l’après-midi « Féminisation du numérique : un enjeu de robustesse » : Mathilde SALIO (journaliste), Agnès MONTMERLE (JobIRL) et Anne LAURENT (Université de Montpellier).
3️⃣ La “Simplexité” plutôt que la Complexité.
La “simplexité” est la notion de rendre simple un problème complexe.
Produire de la complexité est une création de dettes. Or, un système robuste est un système dont on a réduit les dépendances, les fonctionnalités inutiles et les points de défaillance. Moins de “gras numérique”, moins de vulnérabilités : il s’agit exactement de la démarche de l’écoconception ! En témoigne l’approche des 3U : un service numérique doit être utile, utilisable et utilisé.
4️⃣ Sortir du triangle de l’inaction climatique (citoyens, politiques, entreprises).
Face au dérèglement climatique, nous sommes aujourd’hui passés du déni, de la colère, ou de la dépression climatique à celle de l’acceptation. Maintenant, place à l’action !
Les opportunités reposent désormais sur un point de vue systémique des risques à anticiper : transformer nos organisations pour qu’elles ne soient plus extractives ni destructrices, mais contributrices à la régénération de notre écosystème. Donc du Vivant.
Le numérique régénératif
À l’instar d’une organisation ou d’un système global, le numérique régénératif s’inscrit dans une logique où son expansion renforce directement les capacités des écosystèmes et des territoires auxquels il se connecte.
Compliqué pour le numérique ?
Pas vraiment si cette approche s’appuie sur deux axes aujourd’hui bien identifiés :
- d’une part, la réduction de l’impact environnemental (écoconception, sobriété, réparabilité, durabilité),
- et d’autre part, la contribution au progrès social (protection de la vie privée et des individus, prise en compte de la diversité des êtres, attention portée aux retombées humaines).
Limiter, puis réduire, puis restaurer et enfin régénérer ; le numérique affirme sa responsabilité en s’ancrant dans la robustesse tout en étant au service du vivant. L’enjeu n’est pas de répondre exclusivement aux exigences économiques du marché, mais de garder en ligne de mire la nature de la valeur produite : les dimensions économiques, environnementales et sociales s’enrichissent mutuellement au lieu de s’arbitrer. Une nouvelle manière d’entreprendre et de faire du business.
En bref
En conclusion de cette journée axée sur la Robustesse de nos systèmes numériques, la question n’est plus de savoir si nous devons changer, mais comment changer afin de résister aux polycrises sans crainte de les affronter.
👉 Je remercie une nouvelle fois Digital113 pour l’organisation et la chaleur de leur accueil, la métropole et ville de Montpellier, la région Occitanie ainsi que tous les sponsors, les soutiens de l’équipe organisatrice.
