Nos enfants, ma bataille

Le , par Harmonie Peynot - RGPD

Temps de lecture estimé : 7 minutes.

Parfois les étoiles s’alignent pour vous montrer le chemin.

Au-delà des sujets d’actualité d’IA et de souveraineté, mon sujet de prédilection des derniers mois était la gestion des données après la mort. Je n’en ai pas encore fini avec cette thématique d’ailleurs. Mais les étoiles m’emmènent vers un sujet touchant une corde sensible en moi : la protection des mineurs.

Et ce n’est pas uniquement à cause d’un léger coup de vieux, ou plutôt soyons un peu plus poétique et disons une vague de nostalgie, liée à la sortie de Toy Story 5 et du fameux « tu as désormais plutôt l’âge de la mère d’Andy que d’Andy »…

En moins d’une semaine, voici ma collection d’étoiles les plus récentes :

  • Avoir l’opportunité de réaliser des formations à destination d’une fondation dont la thématique d’intervention est la protection de l’enfance,
  • Assister à une table ronde sur la coopération réglementaire pour la protection de l’enfance en ligne organisée par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique) et la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés)
  • Présenter le métier de DPO (délégué à la protection des données) et les notions de protection des données à 4 jeunes stagiaires de seconde venus découvrir nos métiers au sein de Ctrl-a (incroyable mais vrai : ils ne se sont pas endormis, n’ont pas fui et il parait même qu’ils ont apprécié ! Merci à eux !).

Les dangers grandissants

Alerte : le paragraphe à venir risque d’être un peu flippant, j’en suis désolée, mais il est nécessaire.

Comme souvent, l’humain a malheureusement la fâcheuse tendance à détourner les belles découvertes en les utilisant avec ce qu’il y a de plus sombre en lui.

On se retrouve ainsi avec des jeunes :

  • Dont les photos postées initialement dans un contexte familial bienveillant sont réutilisées par des réseaux pédopornographiques,
  • Sollicités par des adultes se faisant passer pour des mineurs sur des jeux vidéos en ligne,
  • Harcelés sur les réseaux,
  • Subissant des chantages avec menace de divulgation de contenus privés,
  • Exposés à des contenus violents, pornographiques,
  • Menés à des situations de grande détresse, parfois avec une issue tragique, suite à des interactions avec des humains ou bien avec l’IA (intelligence artificielle),
  • Entièrement dépendants du numérique pour gérer leur quotidien et ayant perdu tout esprit critique,
  • Cibles d’organismes souhaitant s’enrichir grâce à leurs données,
  • Qui devront vivre toute leur vie avec cette identité numérique reliée à leur identité « réelle »,

Concernant l’IA, une enquête sur les impacts de l’IA sur la santé mentale des jeunes a d’ailleurs récemment été publiée.

Le besoin de sensibilisation

Désormais, les jeunes générations naissent et grandissent avec les écrans et avec le numérique. Cela fait partie de leur quotidien.

On le répète souvent, tout outil peut être extraordinaire à partir du moment où on sait s’en servir et qu’on a conscience des risques liés. Si vous tentez d’utiliser les machines d’un menuisier sans en connaitre le fonctionnement et les règles de sécurité, vous risquez fort de perdre quelques morceaux de doigts.

Le numérique n’est finalement qu’un outil. Il est donc nécessaire d’accompagner les jeunes dans leur découverte du numérique et de leur montrer comment s’en servir tout en se protégeant.

Mais attention, sensibiliser à un sujet, ce n’est pas facile. Cela nécessite de maîtriser soi-même la question, de pouvoir sélectionner les messages à faire passer, la manière de les faire passer, le moment où les faire passer,…

Si vous me demandez à l’improviste de vous montrer comment paramétrer un compte sur une des dernières plateformes à la mode, il va falloir que je sorte ma plus belle pirouette et ma canne de Mamie DPO (non, je vous interdis de m’appeler Mamie DPO !).

En résumé, cela ne s’improvise pas et il faut avoir conscience qu’il faut aussi apprendre à apprendre.

La bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas seuls. De nombreux organismes s’engagent pour protéger nos jeunes (merci à eux) et il existe de multiples ressources pédagogiques à disposition.

Je vous ai fait une petite sélection bien évidemment non exhaustive :

Si vous recherchez une ressource sur le sujet, consultez la page dédiée Enfants et Ados du site de la CNIL.

Rappelons aussi le numéro national pour les victimes de violences numériques : 3018. Ce service peut être contacté par téléphone, tchat ou via l’application 3018 gratuitement 7 jours sur 7 de 9h à 23h. Le site 17Cyber est également là pour vous accompagner en cas de cybermalveillance.

(C’est l’occasion pour moi de faire une spéciale dédicace et un grand merci à ma petite testeuse préférée de ressources de sensibilisation).

Le besoin d’une réglementation harmonisée

(Oui, j’ai osé utiliser mon propre prénom dans le titre de paragraphe d’un de mes billets de blog. Et alors ?)

Comme l’ont si bien dit les intervenants de la table ronde de l’OCDE et de la CNIL : les données ne s’arrêtent pas aux frontières, leur encadrement ne le doit pas non plus.

Il est nécessaire de formaliser et de déployer à grande échelle des règles de protection et d’encadrement des données de nos jeunes, à l’échelle mondiale.

Un travail est en cours dans de nombreux pays sur les notions d’âge minimal d’accès aux réseaux sociaux (15 ans en France). L’actualité est également chargée concernant les techniques de vérification de l’âge pour accéder à certains contenus qui peuvent elles-mêmes devenir intrusives si l’on n’y prête pas attention.

Mais il ne suffit pas d’une loi pour changer les choses. Personne n’est dupe, dire « pas de réseaux sociaux avant 15 ans » ne va pas faire que tous les jeunes de moins de 15 ans vont directement se désinscrire et ne pas essayer d’y retourner. On parle ici d’enjeux de société, de conduite du changement à grande échelle et bien sûr également d’argent… N’oublions pas que les données ont une valeur non négligeable.

Nous avons donc tous notre rôle à jouer pour faire avancer la société dans le sens que nous souhaitons lui voir prendre.

Côté adulte : accompagner le jeune et l’informer de ce qui est fait pour sa protection, en résistant à la tentation de sur-protéger et de tomber dans le travers inverse (géolocaliser en permanence son enfant peut devenir une intrusion contre productive). L’objectif est de rendre autonome le jeune. Il faut donc un délicat équilibre entre protection et construction de ses propres expériences. (Oui, c’est facile à écrire, je sais).

Il a été cité lors de la table ronde la phrase :

« les enfants veulent de la supervision mais pas de la surveillance ».

Côté jeune : découvrir le sujet, être informé de ce qui est fait pour le protéger et également participer à sa propre protection. Quoi de mieux que le public visé pour dire ce dont il a besoin et comment il en a besoin !

Côté réglementaire : poursuivre la mise en place de règles contraignantes applicables globalement afin de garantir la protection de nos citoyens en devenir. Compter sur les grandes plateformes pour s’auto-réguler et choisir la voie de la protection a été tentée. Malheureusement, de manière globale, cela n’a pas été une grande réussite. Il est donc surement temps de continuer à durcir le ton.

Tout cela m’amène au final, je crois, au réel sujet vers lequel me conduisent les étoiles : l’éthique du numérique. C’est entendu, j’arrive.