Le sous-titrage du point de vue de l’accessibilité

Le , par Jonathan Pansiot - Accessibilité

Temps de lecture estimé : 9 minutes.

En accessibilité, il faut distinguer clairement les différents types de sous-titrage :

  • les sous-titres de traduction pour la version originale (VO-ST)
  • les sous-titres contenant uniquement les dialogues (ST)
  • et les sous-titres répondant à nos critères d’inclusivité et d’accessibilité

En effet le sous-titrage en accessibilité est un sous-titrage pour les personnes sourdes et malentendantes dont l’abréviation est ST, SM ou SME.

Le sous-titrage pour sourds et malentendants (SME) est toujours réalisé dans la langue originale du programme. Il doit être particulièrement clair et lisible, car les personnes sourdes ou malentendantes ne peuvent pas s’appuyer ou très peu, sur la voix et les sons du programme pour comprendre.

Les sous-titres SME (Sourds et Malentendants) comprennent :

  • les dialogues
  • l’identification des locuteurs
  • les mentions de voix off
  • ainsi que toute information sonore utile à la compréhension (bruits significatifs, musique, ambiance sonore, etc.)

Ils répondent également à des exigences formelles d’accessibilité, notamment en matière de lisibilité et de contraste visuel.

À ceci s’ajoute des normes poussées notamment par l’Arcom dont voici un échantillon :

  • Utilisation systématique du tiret pour indiquer le changement de locuteur

  • Placement du sous-titre au plus proche de la source sonore

  • Respect du code couleurs défini pour le sous-titrage :

    • Blanc : locuteur visible à l’écran (même partiellement)
    • Jaune : locuteur non visible à l’écran (hors champ)
    • Rouge : indications sonores
    • Magenta : indications musicales et paroles des chansons
    • Cyan : pensées d’un personnage ou d’un narrateur dans une fiction, commentaires en voix hors champ dans les reportages ou les documentaires
    • Vert : pour indiquer l’emploi d’une langue étrangère
    • Particularité : les émissions (hors documentaires) intégralement doublées en français doivent être sous-titrées selon le code couleur approprié
  • Indication des informations sonores et musicales

  • Utilisation des parenthèses pour indiquer les chuchotements et les propos tenus en aparté

Capture d’écran d’un lecteur vidéo montrant une personne de dos avec un sac à dos, marchant dans un quartier résidentiel avec des immeubles en arrière-plan. Le sous-titre descriptif indique en rouge : « Enfants qui jouent, conversations. ».

Exemple d’une indication sonore dans des sous-titres. France Télévision

Quatre personnes marchent sur un parking extérieur. Le sous-titre indique : « -Salut, Sean. -Salut, Paul, ça va ? ».

Exemple d’indication du changement d’interlocuteur via l’ajout d’un tiret. France Télévision

Bien sûr il faut que le lecteur vidéo (player) soit accessible mais aussi que l’activation des sous-titres se fasse au premier plan de celui-ci et pas caché dans un menu.

On distinguera les sous-titres en deux catégories : les open captions et les closed captions :

  • les open captions sont incrustés dans l’image de la vidéo et sont par conséquent non modifiables
  • les closed captions sont eux un fichier à part, celui-ce se superposant à la vidéo.

L’avantage des closed captions étant qu’on pourra les modifier selon les besoins des utilisateurs : taille, police et position par exemple.

Une femme portant une perruque et un maquillage typiques du 18ème siècle regarde fixement l’objectif. Le sous-titre avec une typographique particulière indique : « Votre rôle est de mettre au monde un héritier ».

Un exemple extrême de sous-titrage avec un police soit disant DYS. Canal +

Le sous-titrage consiste aussi à composer avec des exigences parfois contradictoires. Dans l’ensemble, il convient d’avoir des sous-titres fidèles à l’audio. Toutefois, il faudra parfois trouver un équilibre avec d’autres considérations, telles que l’action à l’écran, la vitesse de la parole, ainsi que le contenu visuel.

Par exemple, lorsque vous sous-titrez une scène dans laquelle un personnage parle très rapidement, voici quelques-unes des décisions que vous pouvez être amené à prendre :

  • Les spectateurs peuvent-ils lire les sous-titres au rythme de la parole ?
  • Faut-il supprimer certains mots afin de laisser plus de temps à la lecture ?
  • Les sous-titres peuvent-ils se prolonger sur la scène suivante pour « rattraper » le débit du locuteur ?
  • Faut-il utiliser des sous-titres cumulatifs pour restituer le rythme de la parole (par exemple en cas de rap) ?
  • S’il y a des changements de plans au sein de la séquence, les sous-titres doivent-ils être synchronisés avec ceux-ci ?
  • Faut-il utiliser une, deux ou trois lignes de sous-titres, malgré le fait que l’Arcom en demande uniquement 2 ?

Note : il ne faut pas simplifier les sous-titres, ce n’est pas seulement condescendant, c’est aussi frustrant pour la lecture labiale.

Sur le Web

Le sous-titrage sur le web a beaucoup évolué au fil des technologies. À l’époque de Adobe Flash Player, très utilisé dans les années 2000, les vidéos étaient intégrées dans des lecteurs propriétaires. Les sous-titres n’étaient pas standardisés : ils étaient souvent incrustés dans la vidéo ou gérés via des scripts spécifiques (XML, fichiers externes propriétaires). Cela rendait l’accessibilité limitée et dépendante du développeur ou de la plateforme.

Avec le déclin de Flash et l’essor de HTML5, une étape majeure a été franchie. L’élément HTML <video> a permis d’intégrer nativement des vidéos dans les pages web, sans plugin externe. Surtout, l’introduction de la balise <track> a standardisé l’ajout de sous-titres, de descriptions audio et de chapitres. Les fichiers de sous-titres utilisent désormais majoritairement le format WebVTT (Web Video Text Tracks), conçu pour être simple, lisible et compatible avec les navigateurs modernes.

Aujourd’hui, les sous-titres web sont mieux intégrés, personnalisables (taille, couleur et position).

Et avec l’intelligence artificielle ?

Les sous-titres automatiques ne sont pas suffisants.

Les sous-titres générés automatiquement ne répondent pas toujours aux besoins des utilisateurs et quasi jamais aux normes d’accessibilité, sauf s’ils sont vérifiés et parfaitement exacts. La plupart du temps, ils nécessitent donc des corrections.

Certains outils utilisent la reconnaissance vocale pour transformer l’audio d’une vidéo en sous-titres synchronisés. Beaucoup de plateformes proposent cette fonction, comme vu précédemment ils ne proposent quasi jamais d’identification des locuteurs, manque d’indications sur les voix off, les musiques ou les sons importants à la compréhension comme vu précédemment mais les résultats sont souvent imprécis et ne correspondent pas toujours à ce qui est réellement dit. Ces erreurs peuvent parfois modifier le sens du message voir le rendre totalement incongru.

Histoire des sous-titres

À ne pas confondre avec les intertitres du cinéma muet où ceux-ci était là pour servir de dialogue mais surtout d’explication au film, le premier sous-titre pourrait être attribué à Hitchcock dans le film The Ring. On peut y voir un arbitre, filmé de face en gros plan, intimant à l’un des boxeurs de cesser de s’agripper à son adversaire. On déchiffre sur ses lèvres : « Corby, don’t hold. » Au même instant, un titre apparaît entre guillemets « Don’t hold, Corby » se superposant au centre de l’image, sur le visage de l’arbitre.

Portrait en noir et blanc d’un homme en smoking. Le texte « “Don’t hold, Colby.” » est superposé en transparence sur son visage.

The Ring Hitchcock 1927

Les sous-titres ont été au début surtout mis en place dans un souci de traduction des films étrangers, se substituant aux intertitres en perdant leur fonction d’explication de l’intrigue et en se limitant à la traduction des dialogues. Ainsi Le Chanteur de jazz, Folies-Fox 1929, Broadway Melody seront parmi les premiers à bénéficier de cette innovation.

Mais le passage des intertitres aux sous-titres ne se fait pas sans difficulté pour le public. Habitué aux intertitres avec des textes en gros caractères occupant une large portion de l’écran, le public critique, dès la fin de 1929, la faible lisibilité des sous-titres relégués au bas de l’image. Il faudra attendre les années 80 pour voir les sous-titres dans la bande noire sous le film d’un écran large et ainsi gagner en lisibilité. En effet par exemple avec le procédé de contretypage, les sous-titres apparaissent pâles, peu lisibles et donnent l’impression d’un voile sur l’image.

Scène de film en noir et blanc montrant deux femmes, dont l’une sourit largement. Le sous-titre indique : « - Je veux tenir un discours ! Je vous aime… J’aime tout le monde. Je veux dire au monde entier qu’Elle m’a fait un cadeau ! »

Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform, 1931) de Leontine Sagan. Sous-titres français rédigés par Colette.

D’autres procédés proche de la gravure sont expérimentés mais sont difficiles à mettre en place et là aussi des soucis de lisibilités sont parfois présents quand ce n’est pas directement la pellicule et le film en lui-même qui sont dégradés.

Côté télévision par exemple aux USA c’est après des années d’expérimentations qu’en 1972 « The French Chef » avec Julia Child apparaît la première émission à être diffusée avec des sous-titres.

Affiche de l’émission « The French Chef with Julia Child ». On y voit Julia Child dans une cuisine, souriante, en train de mélanger une préparation dans un bol.

The French Chef with Julia Child

Des canaux de diffusion dédiés aux émissions avec des sous-titres émergeront par la suite au Royaume-Uni et aux USA grâce notamment à des acteurs publics au niveau fédéral et national.

En France, c’est avec notamment le système Antiope dès 1979 sur Antenne 2, puis sur les chaînes nationales en 1984, année où le sous-titrage SME devient obligatoire pour les chaînes publiques. Cette obligation est étendue à toutes les chaînes hertziennes en 2000.

Un ancien téléviseur cathodique associé à un décodeur Thomson et une télécommande. L’écran montre un homme et une femme avec le sous-titre en majuscules : « Ainsi, votre curiosité est satisfaite. ».

Publicité sur le boitier antiope où on peut voir un exemple de sous-titrage

Conclusion

Le sous-titrage ne se limite pas à la traduction des dialogues : il joue aujourd’hui un rôle majeur dans l’accessibilité des contenus audiovisuels. Il faut distinguer les sous-titres de traduction et les sous-titres pour sourds et malentendants (SME), qui retranscrivent non seulement les paroles mais aussi les informations sonores importantes (bruits, musique, changement de locuteur).

Le sous-titrage SME, réalisé dans la langue originale du programme, suit des normes précises (codes couleurs, identification du locuteur, indications sonores, lisibilité) afin de compenser l’absence d’accès au son pour une partie du public. En France, il est devenu obligatoire pour les chaînes publiques en 1984, puis étendu à toutes les chaînes hertziennes en 2000.

Avec HTML5 et WebVTT aujourd’hui il est possible d’intégrer et de personnaliser facilement les sous-titres.

Enfin, même si l’intelligence artificielle et la reconnaissance vocale permettent de générer des sous-titres automatiquement, ces derniers restent souvent imprécis et nécessitent une relecture humaine pour garantir la qualité, la fidélité au discours et le respect des normes d’accessibilité.

En résumé, le sous-titrage est à la fois un outil de compréhension, d’inclusion et d’accessibilité, qui repose sur des règles techniques, éditoriales et historiques pour rendre les contenus audiovisuels accessibles à tous.

Sources