Le , par Olivier Keul - Accessibilité
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L’Association Professionnelle des Référents Accessibilité Numérique de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (APRANESR) a tenu sa journée nationale 2026 ce 2 juillet au Conservatoire National des Arts et Métiers (Cnam) de Paris. Cet événement a été l’occasion de :
- dresser un état des lieux de la prise en compte de l’accessibilité numérique dans l’enseignement supérieur et de la recherche
- partager des retours d’expérience du terrain et d’esquisser des pistes concrètes pour l’avenir
Temesis était présent à cet évènement, en tant que partenaire, avec la participation d’Harmonie Peynot et d’Olivier Keul.
Diplôme Universitaire Référent Accessibilité Numérique (DURAN) : passer à l’échelle
Le Diplôme Universitaire Référent Accessibilité Numérique (DURAN) vient de sortir sa seconde promotion et c’est une très bonne nouvelle !
Toutefois il faut admettre qu’à raison d’une vingtaine de personne par an, nous sommes loin d’inonder le marché de référent en accessibilité numérique. Pendant ce temps la CNIL indique 39174 délégués à la protection des données (DPO) en mai 2026.
Afin de passer à l’échelle et de former un plus grand nombre de référents, le CNAM va signer en 2027 un partenariat stratégique avec l’Université de la Réunion.
Observatoire des obligations d’accessibilité : des chiffres encore alarmants
Mis en ligne le 28 juin 2023, l’observatoire du respect des obligations d’accessibilité poursuit trois objectifs :
- alerter sur la faible prise en compte de l’accessibilité numérique
- identifier les secteurs prioritaires
- mesurer l’évolution de la connaissance des obligations déclaratives légales
Basé uniquement sur des aspects déclaratifs (présence d’une mention, d’une déclaration de conformité, d’un schéma pluriannuel et d’un plan d’action), le bilan de juillet 2026 montre le chemin colossal qu’il reste à parcourir :
Sur le plan national (7 560 sites analysés) :
- 407 sites respectent les obligations déclaratives soit 5,38 %
- 44 sites ont la mention « accessibilité : totalement conforme » soit 0,58 %
- 454 sites ont un schéma pluriannuel de mise en accessibilité soit 6 %
Focus sur l’enseignement supérieur et de la recherche (182 sites d’universités et d’instituts) :
- 6 sites respectent les obligations déclaratives soit 3,30 %
- Aucun site ne possède la mention « accessibilité : totalement conforme »
- 8 sites ont un schéma pluriannuel de mise en accessibilité soit 4 %
Quelques « bons élèves » se distinguent néanmoins : les Universités de Paris-Saclay, Rennes 1, Rennes 2, Bordeaux, La Réunion, ainsi que le Pôle supérieur d’enseignement artistique Paris Boulogne-Billancourt.
Paroles d’usagers : la réalité du terrain
La parole a été donnée aux étudiants et personnels de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR).
Si la situation a grandement progressé par rapport aux années 1990, époque où le retard était immense et où l’on dépendait exclusivement de la solidarité des camarades, les obstacles demeurent nombreux.
Aujourd’hui, l’usage de l’ordinateur est incontournable pour pallier les barrières. Un étudiant souligne l’importance d’avoir des cours disponibles en amont sur un drive pour éviter la prise de note fastidieuse ou le besoin de recopier les schémas d’un tableau.
Un personnel de l’ESR ayant une déficience auditive indique qu’on lui demande, encore trop souvent, d’effectuer des appels alors qu’il s’agit d’un moyen de communication plus difficile pour lui que l’écrit.
La table ronde a également soulevé la question de la souveraineté numérique : s’affranchir des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) est un souhait fort, mais à quel prix si cela se fait au détriment de la sobriété et de l’accessibilité numérique ?
Pour terminer, l’initiative du comité numérique pour la réussite étudiante et l’agilité des établissements (COREALE) a été saluée, notamment pour la création d’un observatoire national de l’accessibilité des services numériques de l’ESR avec notamment « Parcoursup » et « Mon Master ».
Sensibilisation et formation : l’union fait la force
Face au manque de formation initial à l’accessibilité numérique dans l’ESR, des initiatives collectives voient le jour :
- La Contentsquare Foundation (représentée par Marion Ranvier) a impulsé un consortium, dont Temesis est membre, pour créer un module de sensibilisation de 2h au format SCORM, gratuit. Plus d’une dizaine d’établissements ont déjà signé cet engagement volontaire
- La fondation Valentin Haüy (représentée par Karine Moisan), via son programme d’incubation Accesslab, a collaboré avec des experts (AccessNum, Temesis, Ecedi et France Universités) pour mettre à disposition des directeurs des systèmes d’information (DSI) et ingénieurs pédagogiques des ressources adaptées
- La plateforme Accessnum.re (financée par Contentsquare et l’AVH) est en cours de finalisation. Elle proposera des podcasts en accès libre issus du DURAN, ainsi que des modules pratiques (par exemple : Comment faire un document simple et accessible avec LibreOffice ? Comment concevoir un schéma pluriannuel ? etc).
Le Référent accessibilité : un rôle isolé à la recherche d’appuis
Les témoignages des référents des Universités d’Angers, de Lorraine, de Pau et du Cnam ont mis en lumière la réalité de leur quotidien. Leur première mission : se faire connaître et convaincre.
Plusieurs leviers d’action ont été partagés :
- La démonstration concrète : faire tester un lecteur d’écran à un comité ou au service des marchés publics provoque souvent un « déclic » immédiat
- L’incarnation : animer soi-même les formations permet d’associer un visage au sujet de l’accessibilité numérique
- Le soutien de la direction : le portage par la gouvernance (lettre de mission de la présidence, appui de la direction) est indispensable pour faire avancer les dossiers rapidement
Le rôle de référent accessibilité numérique est souvent isolé au sein d’un établissement. Rejoindre l’APRANESR permet de croiser des profils complémentaires, de partager les expériences, de poser des questions et de ne pas céder au pessimisme. Comme l’a rappelé Pierre Reynaud (responsable pédagogique du DURAN et président de l’APRANESR) :
« L’expertise absolue sur tous les sujets de l’accessibilité numérique est un mythe. D’où l’importance de jouer collectif »
L’intelligence artificielle : alliée ou menace ?
L’IA s’invite au cœur des débats en tant qu’outil d’adaptation, mais elle suscite des interrogations légitimes, notamment sur la confidentialité des données et sur l’usage.
Quelques exemples :
- Si je suis déficient visuel et que je souhaite obtenir la transcription textuelle d’un document sensible, comment m’assurer de la protection de mes données ?
- Si je passe un examen mais que j’ai besoin de l’IA pour comprendre plus rapidement un texte ou pour le saisir plus facilement, est-il possible d’avoir une dérogation spécifique au sein d’une charte IA pour ce genre de cas ?
Pierre Reynaud précise pour conclure :
« L’IA nous assiste mais ne nous remplace pas, nous devons rester aux commandes ».
Les coulisses d’une démarche réussie : universités de Lille et de Lorraine
Les Universités de Lille et de Lorraine ont été représentée par, respectivement, Nicolas Lahoche et Xaviéra Autissier.
Nicolas indique que l’université de Lille partage une culture ancienne de l’inclusion et qu’il n’a jamais été question d’attendre une réglementation. Ils ont notamment mis en place un comité de pilotage dédié à l’accessibilité associant des webdesigners, des ingénieurs pédagogiques, des représentants de la direction, des ressources humaines etc.
Quant à elle, Xaviéra explique qu’on imagine souvent qu’il suffit d’identifier les problèmes techniques pour les corriger. En réalité, les problèmes sont généralement déjà connus. La vraie difficulté réside dans les arbitrages complexes, la gestion des priorités multiples et la mobilisation d’équipes déjà sursollicitées, alors même que les compétences en interne sont rares.
Conclusion
Frédéric Halna, président d’a11y France, a eu la difficile tâche de conclure cette journée.
Ce que l’on retiendra :
- le collectif est primordial, nous avons plus que jamais besoin d’échanger et d’avancer ensemble
- la prise en compte de l’accessibilité numérique dans l’ESR, hors quelques bons élèves, reste tout de même anecdotique, malheureusement à l’image de ce qui se fait dans d’autres secteurs
- si vous êtes référents en accessibilité numérique : ne restez pas seuls. Il y a des associations, des communautés, des mailings list etc
- l’accessibilité numérique s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue et il faut célébrer chaque victoire
- l’enjeu pour ce type d’évènement (journée nationale de l’APRANESR), tout comme pour a11yParis ou a11yOuest, est de réussir à sortir de l’entre-soi et d’attirer des personnes un peu plus éloigné du sujet de l’accessibilité numérique
- durant cette journée il a souvent été évoqué le besoin de sensibilisation et de formation. Mais il y a surtout un besoin de sanction. Que ça vienne des autorités de contrôle et / ou d’actions en justice