Le , par Olivier Keul - Accessibilité
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Nous avons organisé vendredi dernier, à destination d’une partie de l’équipe Temesis, une session de sensibilisation aux usages de personnes ayant un handicap moteur. Cette session a été organisée avec l’aide du TechLab d’APF France handicap au sein de la maison d’accueil spécialisée (MAS) de Bougainville.
Pourquoi cette session ?
En tant que professionnel de l’accessibilité numérique, nous parlons constamment du handicap et des usages. Selon le parcours de chaque personne, il y a certains usages avec lesquels nous sommes plus familiers que d’autres.
Quelques exemples non exhaustifs :
- une personne ayant une déficience visuelle utilisant un lecteur d’écran
- une personne ayant une déficience auditive utilisant le sous-titrage pour sourds et malentendants (SME)
- une personne ayant une déficience cognitive (par exemple un trouble dys) utilisant un logiciel permettant de modifier la mise en forme du texte
- une personne ayant une déficience motrice et utilisant un ou plusieurs contacteurs
L’objectif de cette session était de mieux comprendre certains usages de personnes ayant une déficience motrice et ainsi se reconnecter aux personnes dont nous parlons au quotidien. C’était également l’occasion parfaite pour échanger sur leurs rapports au numérique, l’usage des technologies d’assistances, les freins et les barrières qu’ils ou elles rencontrent en naviguant sur le web.
Déroulement de la session
Nous étions un groupe de 6 personnes côté Temesis, pour une session d’une demi-journée, accompagné côté APF France handicap par :
- Nawel Guenatri : psychomotricienne
- Solène Lemarie : ergothérapeute
- Estelle Peyrard : responsable du TechLab
L’idée était de rencontrer trois personnes par binôme Temesis. Pas de formalisme, il s’agissait d’une discussion ouverte.
Nous avons donc pu faire la rencontre de Aishé, Johann et Loubnia.
Rencontres & échanges
Ce qui est intéressant dans nos différents échanges, c’est qu’à chaque fois que nous avons cherché à savoir s’ il y avait des freins et/ou des barrières pour eux sur l’usage du numérique : la réponse à toujours été non.
Aishé
Selon son mode de mobilité, Aishé utilise :
- lorsqu’elle est en fauteuil, un joystick lui permettant grâce à son menton / bas de la bouche de contrôler son téléphone
- lorsqu’elle est au lit, un stylet qu’elle maintient dans la bouche lui permettant de contrôler son téléphone
Aishé se balade sans difficulté sur le web. Elle nous a fait une démonstration de son usage de TikTok, YouTube, de ses sites favoris etc. Le paramétrage sur son téléphone corresponds à une souris, elle pointe donc l’élément sur lequel elle souhaite aller à l’aide de son joystick puis elle l’actionne. Elle concède toutefois en fin de journée une certaine fatigue.
Grâce à de la domotique, elle peut aussi à l’aide d’une application contrôler l’appel de l’ascenseur, l’ouverture de la porte de sa chambre, le réglage des lumières, du ventilateur etc.

Illustration d’une personne utilisant un dispositif similaire à celui d’Aishé. Il s’agit ici de Todd Stabelfeldt utilisant notamment un joystick avec son menton.
Johann
Johann utilise principalement un joystick lui permettant de contrôler à l’aide d’une main son ordinateur. Pour la saisie, il utilise un clavier virtuel. Pour le moment ce dispositif n’est pas adapté lorsqu’il est en fauteuil.
Concernant son usage du numérique, là aussi il se balade sans grande difficulté. Il a ainsi pu nous faire une démonstration sur son site favori de pari sportif. Nous avons d’ailleurs eu un bel exemple d’un carrousel avec un swipe (balayement de gauche à droite) mais qui avait, fort heureusement, des boutons précédents suivants qui ont permis à Johann de passer d’un élément à l’autre.
En creusant, nous avons tout de même trouvé une difficulté sur la saisie de texte. N’ayant plus l’usage de la parole, Johann utilise un clavier virtuel et la prédiction. Cela prend donc un peu plus de temps pour saisir un message ou remplir un formulaire.

Illustration d’un joystick et d’un clavier virtuel similaire à celui utilisé par Johann.
Loubnia
Loubnia utilise le logiciel eViacam qui permet via une reconnaissance faciale de contrôler son ordinateur. Le point d’attention c’est que le logiciel, gratuit, est assez capricieux pour détecter le visage selon l’arrière-plan. Ce dispositif n’est pour le moment pas adapté lorsqu’elle est en fauteuil.
Les principaux points de friction rencontrés par Loubnia sont :
- le dessin sur un support numérique. Elle adore dessiner et peindre et elle regrette que les logiciels ou sites permettant de faire du dessin soient difficilement accessibles
- le non support de certaines fonctionnalités selon le type de matériel. Par exemple sur Whatsapp elle peut utiliser les messages temporaires sur l’application mobile mais pas sur l’application web
À noter qu’elle a acheté un ordinateur récent sous Windows 11 et que son logiciel eViacam ne fonctionne pas sur cette version. Son ordinateur tout neuf est donc pour le moment dans les cartons.

Capture d’écran de la configuration de l’outil Enable Viacam, outil utilisé par Loubnia.
Conclusion
C’était une rencontre très enrichissante et nous allons créer une seconde session avec un autre groupe de Temesis.
Nous sommes parfois tous un peu trop le nez dans nos missions (accompagnement, formation ou audit) et c’est intéressant de pouvoir reconnecter avec la raison d’être de notre métier : les personnes en situation de handicap.
Nous en profitons pour remercier chaleureusement Aishé, Johann et Loubnia pour leurs disponibilités et pour la qualité des discussions ainsi que le personnel de l’APF pour son accueil et son dynamisme.