Étude : les 10 plus grandes métropoles de France ont-elle une stratégie Numérique Responsable ?

Le , par Julien Wilhelm, Sébastien Rufer - Écoconception

Temps de lecture estimé : 14 minutes.

Associé à l’article 35 de la loi REEN, dont l’objectif est de « réduire l’empreinte environnementale du numérique en France », le décret n° 2022-1084 du 29 juillet 2022 « prescrit aux communes de plus de 50 000 habitants et aux établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre de plus de 50 000 habitants d’élaborer, au plus tard le 1er janvier 2025, une stratégie numérique responsable visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique et à prévoir les mesures nécessaires pour les atteindre ».

Qu’en est-il alors que nous sommes aux portes de 2026 ? Essayons de le découvrir ensemble !

Au sommaire :

Un panel de 10 métropoles

Pour commencer, nous avons défini 10 métropoles de France sur lesquelles concentrer notre étude. Nous nous sommes arrêtés aux métropoles les plus peuplées du pays d’après les relevés Les Collectivités locales en chiffres 2025 publiés par Le portail des collectivités locales.

Les 10 métropoles les plus peuplées de France
PositionMétropoleNombre d'habitantsSite Web
1Métropole du Grand Paris7 163 419paris.fr
2Métropole d'Aix-Marseille-Provence1 944 405ampmetropole.fr
3Métropole de Lyon1 449 118grandlyon.com
4Métropole Européenne de Lille1 204 796lillemetropole.fr
5Bordeaux Métropole854 949bordeaux-metropole.fr
6Toulouse Métropole842 175metropole.toulouse.fr
7Nantes Métropole695 303metropole.nantes.fr
8Métropole Nice Côte d'Azur574 284nicecotedazur.org
9Montpellier Méditerranée Métropole523 109montpellier.fr
10Eurométropole de Strasbourg522 670strasbourg.eu

Ces métropoles sont toutes concernées par le décret qui nous intéresse. Nous partons par ailleurs du principe que les moyens dont elles disposent sont équivalents si ce n’est supérieurs à d’autres villes plus modestes.

En clair : elle se doivent d’être exemplaires.

Recherches autour de la publication d’une feuille de route ou stratégie Numérique Responsable

Pour établir si nos 10 métropoles ont pris leurs dispositions vis-à-vis de la loi REEN, nous avons systématiquement procédé ainsi :

  1. Recherche depuis le pied de page du site web officiel ;
  2. Puis, si nécessaire, recherche avec la fonctionnalité dédiée du site ;
  3. Puis, si nécessaire, recherche dans le plan de site ;
  4. Puis, si nécessaire, recherche via Google.

Parmi les mots clés recherchés : numérique responsable, stratégie numérique responsable et écoconception.

Important : les résultats à suivre dépendant aussi de l’indexation des contenus (à l’échelle du moteur des sites ou du moteur de recherche utilisé dans le cadre cette étude), nous pouvons, malgré nos efforts, avoir manqué certains éléments importants.

Stratégie Numérique Responsable des 10 plus grandes métropoles de France
IndexMétropoleA défini une stratégie NR ?Publication de cette stratégie NR ?Date
1Métropole du Grand ParisOuiOui.

Télécharger la stratégie Numérique Responsable de Paris (PDF, 2,5 Mo)
Novembre 2025
2Métropole d'Aix-Marseille-ProvenceOuiOui.

Télécharger la stratégie Numérique Responsable de Aix - Marseille - Provence (PDF, 500 Ko)
Juillet 2024
3Métropole de LyonOuiOui.

Télécharger la stratégie Numérique Responsable de Lyon (PDF, 1 Mo)
Avril 2025
4Métropole européenne de LilleNonNon-
5Bordeaux métropoleOuiOui.

Télécharger la stratégie Numérique Responsable de Bordeaux (PDF, 1.1 Mo)
Octobre 2023
6Toulouse métropoleApparemmentLa délibération DEL-21-0666 du 14 octobre 2021 (PDF, 500 Ko) initie la stratégie. Celle-ci est citée plus récemment dans le rapport développement durable 2025 (PDF, 16 Mo).

Pour autant, impossible d'accéder à une stratégie récente et étoffée.
Octobre 2021
7Nantes métropoleOuiOui.

Télécharger la stratégie Numérique Responsable de Nantes (PDF, 1 Mo)
Novembre 2024
8Métropole Nice Côte d'AzurApparemmentLa délibération 30.1 du 25 septembre 2023, Feuille de route vers un numérique responsable et durable respectueux du territoire, initie la stratégie. Celle-ci est citée plus récemment dans le document Bilan à mi-parcours du Plan Climat 2025 (PDF, 3,8 Mo).

Pour autant, impossible d'accéder à une stratégie récente et étoffée.
Septembre 2023
9Montpellier Méditerranée MétropoleOuiOui.

Télécharger la stratégie Numérique Responsable de Montpellier (PDF, 7 Mo)
Avril 2025
10Eurométropole de StrasbourgApparemmentEn partie ?

Découvrir les 3 axes sur lesquels reposent la stratégie NR.

Il existe sinon une brochure (PDF, 2.5 Mo).
Octobre 2024

Ainsi :

  • 9 de nos métropoles semblent disposer d’une stratégie Numérique Responsable ;
  • 6 la publie ouvertement.

Reste maintenant à voir ce qu’il y a dedans !

Vérification rapide des stratégies Numérique Responsable publiées

Voici plus en détail ce qui est attendu de ces stratégies (termes mis en évidence par nos soins) :

Ce programme comprend un bilan de l’impact environnemental du numérique et celui de ses usages sur le territoire concerné.

La stratégie numérique responsable comprend, sur la base du programme de travail ainsi établi, les objectifs de réduction de l’empreinte numérique du territoire concerné, les indicateurs de suivi associés à ces objectifs et les mesures mises en place pour y parvenir. Elle détermine les moyens d’y satisfaire. Ces objectifs et les mesures mises en œuvre peuvent avoir un caractère annuel ou pluriannuel.

Source : décret n° 2022-1084 du 29 juillet 2022

Soit, sans surprise, à l’échelle de chaque métropole :

  1. Une évaluation des impacts environnementaux du Numérique (savoir d’où l’on part) ;
  2. Des objectifs de réduction de ses impacts (savoir où l’on va, à quelle échéance) ;
  3. Des mesures concrètes pour y parvenir (savoir comment).

Évidemment, des indicateurs, associés aux objectifs comme aux mesures, doivent avoir été identifiés pour piloter la stratégie.

(ça vous rappelle quelque chose ? C’est normal : le RGESN vous invite à vous poser les mêmes questions pour l’écoconception de vos services numériques)

Évaluation des impacts environnementaux du Numérique

À ce sujet :

  • 5 de ces métropoles ont déjà réalisé une évaluation de leurs impacts (Paris, Lyon, Nantes, Montpellier et Bordeaux) ;
  • 4 d’entre elles se sont appuyées sur un bilan carbone ;
  • Seule l’une d’elles a réalisé une analyse multicritères (gaz à effet de serre, utilisation des ressources, minéraux et métaux, tension sur l’eau, etc.).

Ces analyses couvrent par ailleurs des périmètres très différents :

  • Global (à l’échelle de la métropole) ;
  • Direction des systèmes d’information (DSI) ;
  • Agents de la collectivité ;
  • Collèges ;
  • Services numériques (sites web et applications) ;
  • Internet des objets (IOT).

Aucune de ces évaluations n’est a priori consultable en ligne. Des synthèses plus ou moins détaillées des résultats peuvent cependant être disponibles.

Objectifs de réduction de ces impacts

Sur 5 métropoles ayant évalué leurs impacts, 4 communiquent sur des objectifs chiffrés de réduction de leur empreinte. Ces objectifs de réduction peuvent, ici aussi, être exprimés de manière très différente selon les métropoles :

  • Paris : « -40% d’empreinte numérique municipale d’ici 2035 », soit une baisse de 5 % par an ;
  • Nantes : « le Département des Ressources Numériques a mis en place une stratégie visant à maîtriser puis réduire de 20 %, à horizon 2030, l’empreinte environnementale attachée au système d’information mutualisé de Nantes Métropole/Ville de Nantes » ;
  • Montpellier : « Diminution du bilan carbone du numérique de 10% par an » ;
  • Bordeaux : « Réduction de l’impact carbone des équipements informatiques de Bordeaux Métropole (à périmètre utilisateur constant). Objectif 2026 : -10 % » et « Réduction de la consommation électrique liée aux environnements et infrastructures numériques (à périmètre utilisateur constant). Objectif 2026 : -15 % ».

Certaines métropoles communiquent déjà sur des réductions de leurs impacts. C’est le cas de Bordeaux :

Entre 2021 et 2023, nous avons réduit notre empreinte carbone en matière d’équipement numérique de 2380 tonnes.

Mesures mises en œuvre pour réduire les impacts

Les métropoles disposant d’une stratégie Numérique Responsable ont identifié et regroupé un certain nombre d’actions à mener pour réduire leurs impacts en lien avec le secteur du Numérique.

Parmi les actions les plus souvent citées :

  • Augmenter de la durée de vie des terminaux. Par exemple, Lyon et Bordeaux visent une extension à 8 ans de la durée de vie des ordinateurs dont elles ont la gestion.
  • Favoriser le réemploi et le reconditionnement. Par exemple, Paris vise plus de 50 % de smartphones reconditionnés d’ici 2028, tandis que Montpellier souhaite en faire autant pour 25 % de ses équipements informatiques.
  • Former et acculturer les agents et élus aux enjeux du Numérique Responsable. Par exemple, Marseille a prévu d’intégrer des compétences associées au Numérique Responsable dans le plan de formation et Toulouse prévoit la création d’une filière interne de référents et référentes spécialisés.
  • Optimiser les centres de données. Par exemple, Strasbourg intègre les critères environnementaux (référencés aux normes ISO 1400 et ISO 50001) dans le projet de refonte de ses salles serveurs.
  • Écoconcevoir des services numériques et des logiciels. Par exemple, Lyon a créé une action dédiée pour simplifier les services numériques existants et intégrer des pratiques d’écoconception.

Bon à savoir : la loi REEN et le décret évoqués en introduction s’intéressent tout particulièrement aux impacts environnementaux du Numérique. Pour autant, le terme Numérique Responsable ne se limite pas à ces seuls enjeux, on y traite aussi d’accessibilité, de confidentialité des données, de sécurité, etc. En pensant leur stratégie Numérique Responsable, les métropoles de cette étude ont heureusement su établir le bon périmètre. Elles se sont ainsi interrogées sur l’inclusion, la résilience ou encore la souveraineté.

À noter enfin que Nantes et Bordeaux communiquent sur l’état d’avancement de leur plan d’action.

Et le RGESN dans tout ça ?

Seul Marseille et Toulouse mentionnent le RGESN, le Référentiel Général de l’Écoconception des Services Numériques, dans sa feuille de route :

Mettre en œuvre les bonnes pratiques d’éco-conception. Réduire la consommation d’énergie associée au fonctionnement et à l’utilisation des services numériques de la Métropole, en s’appuyant notamment sur le RGESN, référentiel de l’éco-conception.

— Métropole d’Aix-Marseille-Provence

Depuis 2024, des clauses environnementales sont mises en place sur un grand nombre de nouveaux marchés d’achats, en s’appuyant sur le référentiel d’écoconception RGESN.

— Toulouse métropole

Il apparaît sinon que Lyon et Nantes se sont emparés du référentiel puisque l’on peut lire sur leur site web :

Ce site a été construit dans le cadre d’une démarche d’écoconception afin de limiter son empreinte environnementale, avec comme fil conducteur le référentiel général d’écoconception de services numériques (RGESN)

— Métropole de Lyon

La démarche s’est articulée autour du RGESN (le Référentiel général d’écoconception de services numériques), en commençant par une première évaluation réalisée en début de projet et mise à jour tout au long de celui-ci, via un plan d’action concret.

— Nantes métropole

Mais cela s’arrête là.

Pourtant, l’écoconception logicielle est maintes fois identifiée pour réduire les impacts environnementaux du Numérique.

Qu’en est-il justement à ce stade ?

En bonus : revue technique partielle des services numériques

Pour nos mesures comme pour nos analyses à suivre, nous avons retenu le contexte utilisateur suivant :

  • Type de parcours : Atterrissage (chargement initial de la page sans interaction avec elle)
  • Navigateur : chrome 143.0.7499.4
  • État du cache client : Vierge
  • Largeur viewport (px) : 1366
  • Hauteur viewport (px) : 768
  • Densité de pixels : 1

Ce contexte est mûrement réfléchi, car il permet d’apprécier les ressources consommées par la page d’accueil de chaque site web au moment où le parcours de l’utilisateur débute à peine. Dans le cadre d’une démarche d’écoconception de services numériques, on ne s’attend alors qu’au strict nécessaire.

Résultats des mesures comparatives de type atterrissage
IndexSite webNombre de requêtesDonnées transféréesDonnées décodéeseqCO2 émis pour 10000 visites (via CO2.js)
1paris.fr405,31 Mo9,39 Mo20,33 kg
2ampmetropole.fr2547,38 Mo12,03 Mo28,27 kg
3grandlyon.com28449,46 Ko1,35 Mo1,72 kg
4lillemetropole.fr682,83 Mo5,38 Mo10,84 kg
5bordeaux-metropole.fr1124,31 Mo7,72 Mo16,53 kg
6metropole.toulouse.fr3431,96 Mo7,18 Mo7,49 kg
7metropole.nantes.fr461,26 Mo1,52 Mo4,19 kg
8nicecotedazur.org35787,01 Ko1,76 Mo3,01 kg
9montpellier.fr852,5 Mo5,2 Mo9,58 kg
10strasbourg.eu952,04 Mo4,56 Mo7,81 kg

Ainsi, pour les 10 services numériques associés à ces métropoles :

  • 2 d’entre eux transfèrent plus de 5 Mo ;
  • 3 d’entre eux génèrent plus de 100 requêtes ;
  • Seuls 2 d’entre eux transfèrent moins de 1 Mo de donnée ;
  • Seuls 4 d’entre eux transfèrent moins de 2 Mo de donnée ;
  • Seuls 3 d’entre eux ont moins de 2 Mo de donnée décodée ;

Il est intéressant de noter que parmi les 10 services numériques, les 2 plus légers sont les 2 seuls à s’inscrire ouvertement dans une démarche d’écoconception, à savoir :

Coïncidence ? Sans doute pas.

Que penser sinon du volume des données brutes que nous remontons ? Notre vision des choses est qu’il reste délicat de se prononcer sur ces seuls indicateurs sans jeter un œil à ce que proposent les différents sites web en termes de fonctionnalités ou d’expérience (il faut toujours tenir compte de l’intention !). Oui mais :

  1. Ici, nous ne comparons pas des choux et des carottes, seulement l’un ou l’autre (selon ce que vous préférez) ;
  2. Nous disposons de valeurs de référence (à date : 76 requêtes et 2.9 Mo transférés) qui sont — et nous nous exprimons là au nom de tout l’écosystème conception Numérique Responsable — bien plus hautes qu’elles ne devraient l’être ;
  3. Nous pouvons aussi compter sur notre propre expertise en matière d’audit pour généraliser.

La conclusion s’impose donc d’elle-même : ces services numériques sont pour la plupart à l’image de ce qui se fait aujourd’hui dans le Web. Et ce n’est pas un compliment. Il suffit d’étudier la technique pour trouver de quoi diviser drastiquement le poids des pages par 2, 3 voire plus.

Exercice que nous avons fait.

Nous avons soumis ces 10 services numériques à un outil interne nous permettant d’évaluer leur conformité selon 23 critères de performance web environnementale (PWE).

Résultats pour l'analyse de 23 critères de performance web environnementale (PWE)
IndexSite webNombre de tests conformesNombre de tests non conformesNombre de tests non applicables
1paris.fr9131
2ampmetropole.fr7151
3grandlyon.com10130
4lillemetropole.fr1481
5bordeaux-metropole.fr12110
6metropole.toulouse.fr9131
7metropole.nantes.fr13100
8nicecotedazur.org12101
9montpellier.fr10130
10strasbourg.eu9131

Ainsi, pour les 10 services numériques associés à ces métropoles :

  • 14 critères, au mieux, sont validés (un seul d’entre eux est concerné) ;
  • 7 critères, au minimum, sont validés par chacun d’entre eux ;
  • Seuls 6 d’entre eux valident au moins 10 critères ;
  • Aucun d’entre eux ne valide tous les critères.

Peut mieux faire, donc.

Métropoles et stratégie Numérique Responsable : quelle maturité ?

Dans cette étude, nous nous sommes attardés sur le volet environnemental des impacts, car c’est bien là-dessus qu’étaient attendus état de lieux et projections. La bonne nouvelle ? Presque toutes les métropoles se sont emparées du sujet. La mauvaise ? Toutes ne sont pas au même niveau.

Une poignée d’entre elles s’est véritablement outillée pour mesurer ses impacts, a défini des objectifs de réduction chiffrés, et pilote d’ores et déjà sa statégie aux moyens d’indicateurs clés. Pour les autres, il n’est toujours pas aisé de savoir qui fait quoi et où on est à date. Les programmes ambitieux que nous avons étudiés sont-ils / seront-ils menés ? Nous l’espérons. Il serait bien dommage qu’au-delà de l’impulsion initiée par la contrainte légale, la partie réduction de l’empreinte environnementale ne soit pas mise en oeuvre.

Nous pouvons dans tous les cas faire le constat que l’écoconception des services numériques n’est pas (encore) une généralité.