Le , par Julien Wilhelm - Écoconception
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Le RGESN, ou Référentiel général de l’écoconception des services numériques, est un référentiel d’État publié par l’Arcep le 17 mai 2024. Inscrit dans la loi REEN (Réduction de l’empreinte environnementale du numérique), il est constitué 78 critères stratégiques, techniques et fonctionnels répartis en 9 familles. Il permet d’aborder sereinement la démarche d’écoconception d’un service numérique sur l’ensemble de son cycle de vie.
Le RGESN peut être exploité de deux façons :
- En phase de pilotage, pour orienter la conception, la contribution, ou encore la distribution du produit, dans l’objectif d’en limiter les impacts environnementaux et sociétaux ;
- En phase d’audit, pour (faire) vérifier et valider ses engagements, idéalement par une structure indépendante.
Sont principalement concernés par le RGESN :
- Les sites web ;
- Les applications web ;
- Les applications mobiles.
À l’heure actuelle, et à l’inverse du RGAA pour l’accessibilité, l’application du RGESN n’est soumise à aucune obligation légale. Ce référentiel n’en reste pas moins adopté par de plus en plus d’entreprises et collectivités volontaires et soucieuses de montrer l’exemple.
Le RGESN est disponible en français à l’adresse suivante : https://www.arcep.fr/mes-demarches-et-services/entreprises/fiches-pratiques/referentiel-general-ecoconception-services-numeriques.html.
Débuter avec le RGESN ?
L’écoconception est une démarche d’amélioration continue dont l’objectif est de réduire les impacts environnementaux d’un produit ou d’un service numérique. Il faut comprendre par là qu’il est possible d’agir à tout moment pour améliorer les choses. Il serait donc dommage de s’en priver. Évidemment, certains choix sont plus faciles à reconsidérer que d’autres. Et plus l’on remonte loin dans le cycle de vie du produit, plus l’on dispose d’une marge de manœuvre confortable.
Pour bien débuter avec le RGESN, le mieux est de s’y plonger le plus tôt possible. Idéalement, dès les premières idées portant sur la création ou la refonte d’un service numérique.
Pour quelles raisons ?
- Parce que rien n’est encore décidé ;
- Parce qu’il est plus que jamais possible d’anticiper ;
- Parce c’est le moment idéal pour bien s’entourer ;
- Parce que c’est à l’étape de conception que se matérialisent 60 à 80 % des impacts du futur service ! (source : GreenIT)
Pour rappel, le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. Le Numérique n’échappe pas à cet adage : au-delà des apparences, les impacts du secteur sont bien réels, tangibles, matériels. Aussi est-il préférable de stopper la machine avant qu’il ne soit trop tard.
Bien s’entourer pour bien anticiper !
Il est essentiel d’accepter que, même avec les meilleures intentions, vous devrez pouvoir compter sur d’autres que vous pour mener à bien la démarche d’écoconception de votre service numérique. Observons les familles de critères du RGESN pour mieux comprendre pourquoi il est si difficile d’être autonome :
- Stratégie
- Spécifications
- Architecture
- UX/UI
- Contenus
- Frontend
- Backend
- Hébergement
- Algorithmie
C’est une évidence : la démarche d’écoconception adressant l’ensemble du cycle de vie du produit, sa réussite implique nécessairement des expertises différentes de la vôtre.
Les porteurs de projets seront les plus à même de répondre des orientations stratégiques du produit. Les responsables des services informatiques auront leur mot à dire sur les spécifications, l’architecture ou encore l’hébergement, mais devront s’en remettre aux compétences techniques des architectes et des développeurs. Vous confierez évidemment la charge du design d’expérience (UX) et d’interface (UI) à des personnes dont c’est le cœur de métier. Tout l’inverse des contributeurs, trop souvent peu formés à l’exercice de leurs fonctions. Alors, pour un peu que vous vous lanciez en plus dans la création d’un nouveau modèle de langage (LLM)…
Le RGESN n’a rien inventé à ce sujet. En revanche, il permet d’ouvrir la réflexion.
À condition de suivre les règles du jeu.
Trois conseils pour écoconcevoir un service numérique avec le RGESN
1. Communiquez
Tout le temps. Avec toutes les parties prenantes. Chaque poste hérite des conséquences des décisions du précédent poste. Il faut impliquer tous les corps de métier le plus tôt possible dans la réflexion, mais aussi entretenir le dialogue après leurs interventions respectives.
À titre d’exemple, ne pas consulter les développeurs avant qu’ils ne prennent en charge le développement du produit est une erreur fréquente. Ces derniers doivent être force de proposition sur les technologies (possibilités, limitations), les maquettes (faisabilité, complexité), l’hébergement (prérequis) ou encore la gestion des contenus (fonctionnalités, garde-fous, etc.).
2. Laissez des traces
S’engager dans une démarche d’écoconception de service numérique, c’est faire des choix. Si vous n’en faites pas (ou trop peu), il est probable que vous ne vous posiez pas les bonnes questions.
Le RGESN demande de publier une déclaration d’écoconception. Son objectif ? Vous exprimer auprès du grand public sur les résultats obtenus, en lien avec vos engagements. En cas d’audit, non seulement cette déclaration est étudiée, mais vous êtes aussi interrogé sur les moyens. Il faut alors pouvoir attester de ses décisions à grand renfort de livrables, de compte-rendu, de documents formalisés, etc.
3. Poursuivez vos efforts
Qui dit démarche d’amélioration continue, dit agir en continu. L’obtention d’un score, quel qu’il soit, n’est jamais la fin. Il est impératif de se fixer des objectifs. Pour s’améliorer. Pour ne pas régresser, aussi. C’est d’autant plus important qu’un service numérique vit au rythme de contributions, d’évolutions fonctionnelles et de mises à jour techniques qui ne sont pas toujours bien calibrées. Ça tombe bien : la validation de plusieurs critères du RGESN ne peut se faire sans démontrer un engagement dans la durée.
Trois bonnes mesures pour vos marchés ou vos projets
Le RGESN fait de plus en plus irruption aux côtés du RGAA dans les marchés publics. C’est super, oui mais.
Les demandeurs ont souvent une mauvaise compréhension du RGESN.
En résultent des objectifs en réalité impossibles à satisfaire.
Voici trois points de vigilance pour éviter les mauvaises surprises.
1. Ne pas imposer une technologie
L’écoconception, c’est faire au mieux tout en consommant le moins de ressources possible. La création ou la refonte d’un service numérique peut reposer sur pléthores de technologies, langages, services clés en main, etc. Et parce qu’il y a mille et une façons de parvenir à ses fins, il y en a beaucoup de mauvaises.
À moins d’être sûr de son coup, exiger du répondant un socle technique précis est contre-productif et limitant. Il faut à l’inverse être en recherche de la, les solutions adaptées au besoin.
La difficulté, c’est qu’il faut être en capacité d’évaluer la pertinence des propositions. À ce jeu-là, pas de surprise : soit vous savez ce que vous faites, soit vous en remettez à un tiers compétent, tel qu’un AMO par exemple.
2. Ne pas exiger un score de conformité
On l’a vu : une démarche d’écoconception sérieuse s’appuie sur un travail collectif. Il est très facile d’être tiré vers le bas pour des raisons indépendantes de sa volonté. Impossible par exemple pour l’équipe de développement de porter seule le score (ce qui est pourtant souvent demandé dans les marchés actuels).
Au lieu de cela, il est possible de :
- Viser un score réaliste, sans l’imposer. Ce score ne constitue donc plus une exigence, mais un objectif commun auquel les efforts de chacun vont concourir (cf. point à suivre). D’expérience, un score de 60 à 70 % est parfaitement atteignable avec les bonnes intentions et les bonnes compétences. Ce chiffre vous semble peu ambitieux ? Rares sont cependant ceux qui ont fait mieux.
- Définir clairement quels critères chaque prestataire doit valider. Le RGESN est pensé en ce sens. Identifiez les critères qui s’appliquent à votre service, votre contexte, et répartissez les responsabilités, au lieu de la concentrer. Si chacun fait sa part, il n’y a pas de raisons d’échouer. Sauf si, bien entendu, le dialogue est fermé.
3. Faites-vous accompagner
Pour terminer, difficile de ne pas vous recommander de vous faire accompagner, et cela, dès la rédaction de l’appel d’offres. Le RGESN est un référentiel dense, complexe. Le soutien d’un référent en écoconception, interne ou non, vous sera précieux pour comprendre ce qui est attendu, savoir comment le vérifier et, surtout, ne pas se décourager.
En conclusion, quel que soit le score obtenu, poursuivez vos efforts : comme il s’agit d’une démarche d’amélioration continue, le RGESN est là pour attester que les objectifs de moyens sont présents, puis que la maturité du sujet va progresser !
Prêt à vous y mettre ?